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Ires et délires

Ires et délires

Mes amours, mes douleurs ...

Publié le par palomagueran
Publié dans : #Poesie
Aveugle


Je ne peux ouvrir les yeux
Ton éclat était ma cécité
Je ne distinguais que ta lumière
Aveuglante et troublante.
Tremblante je perdais pied
Aspirée par un maelström
Qui m'éloignait du monde
Me libérait des entraves
Où je ne trouvais place.
Tu m'avais dérobée au monde
Je me suis absentée
Pour n'être qu'à tes côtés.



PALOMA GUERAN

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Publié le par palomagueran
Publié dans : #Nouvelle

 


ROSE


 


Rosa, rosarum, rosis … Rose, dont le nom se déclinait en latin, était une petite femme à la peau veloutée.


Des roses, elle n’avait rien, exceptés son corps gracile et sa vie pleine d’épines.


Rose, était ce que l’on appelle une vieille fille. « vieille fille, vieille guenille, vieux garçon, vieux chiffon », comme on disait ici, sur cette petite île perdue au large de Lorient.


 


Rien en elle n’était laid, mais elle avait cette allure craintive et furtive de ceux que l’on oublie, et aucun regard ne s’attardait sur elle .


Une noce était célébrée et Rose, pourtant conviée à la fête, restait sagement assise, les mains sur les genoux, contemplant la vie qui tournoyait.


Il es vrai que cette réserve, elle le devait à ses frères Tudy et Gwen, deux robustes gaillards, pour qui elle tenait la maison, lesquels, véritables cerbères, la gardaient avec soin.


 


Son horizon se limitait aux murs d’une vaste maison dans laquelle, du matin au soir, elle s’activait, lessivant les parquets, préparant les repas, lavant le linge et la vaisselle …


 


La maison toujours silencieuse, lorsque ses frères s’absentaient, s’ouvrait sur un vaste jardin que n’égayait aucune fleur.


Les allées très droites s’offraient à son regard, toutes bordées d’arbres fruitiers, desquels elle tirait ses confitures.


Les parcelles géométriques étaient toutes consacrées à la culture des légumes nécessaires à la maisonnée. La plus grande d’entre-elles, comme il se doit, se divisait et s’étirait en sillons
rectilignes où poussait la pomme de terre.


 


Rien n’altérait le silence monacal de cette demeure où elle vivait recluse, hormis, parfois les voix trop fortes, qui trahissaient le vin que ses frères buvaient, accoudés au comptoir des
nombreux cafés qui jalonnaient leur route du port à la maison.


 


Rose, la mal nommée, ne parlait pas et jamais n’évoquait un désir ou un rêve.


 


Un jour, était-ce en Juillet ou en Août, il faisait chaud, une de ces chaleurs accablantes qui attirent les doryphores aux carapaces luisantes, rayées de noir, et ventrues.


Malgré le souffle chaud, les gros bas noirs qui enserraient ses jambes, la blouse de nylon qui collait à la peau, il lui fallut sortir et tenter de chasser ces indésirables qui osaient mettre en
péril, la base de l’alimentation familiale.


 


Rose était seule, mais sa tâche lui était toute désignée, et, c’est à pas tranquilles et chaussée de sabots qu’elle se dirigea vers le carré de pommes de terre.


Inlassablement, elle récolta un à un ces infatigables et voraces insectes, quand l’un d’entre eux se glissa entre ses seins humides.


Les petites pattes procuraient un léger agacement sur cette peau vierge. Puis, la sensation se fit plus douce et elle éprouva presque, l’agréable plaisir que dispense la main qui caresse un corps
aimé.


Rose, s’étonna, attendit et suivit avec attention, sur sa peau endormie le cheminement de l’intrus vers son ventre.


 


C’est alors que Rose s’éveilla à la vie. Ses entrailles vibrèrent et, se libérant de sa blouse, elle s’allongea presque nue et s’offrit tout entière à cette nuée d’insectes.


Son corps dénudé, épousa la terre et vibra sous cette vague déferlante et chaude qui la submergeait.


Combien de tems resta-t-elle ainsi, unie à sa terre amante, aimante ? Nul ne saurait le dire.


L’ombre qui, peu à peu, gagnait le jardin et annonçait le soir lui fit reprendre conscience de la réalité. Elle revêtit sa blouse et rejoignit la maison à grandes enjambées.


 


Ses frères en rentrant la trouvèrent différente, chantonnante et … absente. Ils la regardèrent avec étrangeté, se demandant si elle n’était pas malade.


Des signes nouveaux étaient apparus : son corps s’était redressé, ses gestes s’étaient faits plus amples et assurés, son regard brillait d’un étrange éclat, et ses seins se gonflaient fièrement
sous le fin tissu de sa blouse.


 


Non, Rose n’était plus la même et ils cherchaient en elle les prémices de quelque obscure maladie qui s’annonçait.


 


Jamais Rose ne fut plus la même, ses rires et ses chants faisaient résonner la maison et son regard garda cette douceur qu’imprime le bonheur.


Chaque après-midi, Rose se prit à regarder avec tendresse ce jardin où tout n’avait été que labeur et qui, dès lors l’attendait et l’unissait avec la terre qui l’avait faite Femme.


 


Ses frères l’entouraient et la surveillaient plus étroitement encore, car les regards dorénavant convergeaient et s’attardaient sur Rose. Mais, elle, restait lointaine et inaccessible, retenue
par cet amour qu’elle savait partagé.


 


Terre, mer, vague, reflux. Oui, elle était née de cette île et s’était accouplée avec Elle dans une union secrète et indicible.


 


Un respect nouveau avait vu le jour dans les yeux de ses frères qui, pourtant, n’arrivaient pas à comprendre, moins encore à dominer, et gardaient le silence devant cet Être nouveau qu’était
devenue Rose.


 


Jeanine GUERAN, un jour d’été de 199…En hommage à ma mère

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Publié le par palomagueran
Publié dans : #Nouvelle

 


Ceux de Primiture


 


Quelle supériorité et quel titre de noblesse les faisaient toiser les autres?


L'île à cette époque était encore partagée en deux: « Primiture », la fière, l'arrogante, la sauvage et « Piwisy », la douce, la dévote, la discrète.


 


Parmi ceux de Primiture, il en était qui formaient un monde à part et toisaient le reste de l'île.


Ceux-là avouaient le privilège énorme de vivre sur la route de Port-Tudy, pas encore rebaptisée du nom d'un grand de la république, laquelle unissait le port au bourg.


 


Eux, regardaient le Continent, à l'opposé de ceux de Piwisy qui lui tournaient le dos et contemplaient l'infini.


Ils avaient la fierté et l'orgueil de ceux qui, portent leurs regards vers l'avenir et le progrès.


La situation même de leurs maisons, leurs permettait de contrôler toute la vie de l'île.


Du haut de la Côte d'Héno, les hommes, assis sur un banc de pierre, surveillaient l'arrivée des thoniers et sardiniers qui faisaient la richesse de l'île.


La ligne de flottaison s'enfonçait-elle dans la mer, que l'on savait que la campagne avait été bonne.


 


A l'arrivée du « Courrier » qui reliait l'île à la grande terre, par le petit sentier abrupt qui court rejoindre le port, ils descendaient s'asseoir sur les vieux mâts, encore odorants des
thoniers désarmés qui s'alignaient au bas de la montée.


Ils emplissaient leurs poumons de cette odeur de coaltar dont on enduisait les quilles retournées dans le vieux port.


 


Rien n'échappait à leurs regards délavés:


Ni le sourire triste de la fille d'Hubert, de retour, après avoir été tenté sa chance en ville,


ni le volumineux paquet des Nouvelles Galeries Lorientaises, qui alourdissait le pas d'Alphonsine,


Pourtant aucun son, aucune parole ne franchissaient leurs lèvres.


Ce serait pour plus tard, au Ty Mad, où, autour d'un verre de vin, on commenterait la couleur de la nouvelle voiture de Louis, petit-fils de Joseph, les nouvelles lunettes de Fine ou la démarche
fatiguée et chancelante de Charles.


 


Les femmes aussi, avaient ce pouvoir de dominer la vie de leurs congénères:


- Pas un sardinier qui ne remontât la route, martelant le sol de ses sabots et criant « A la sardine », hâtant ainsi la vente de sa pêche avant d'arriver au bourg.


- Pas une noce, un retour d'enterrement qui ne transitât par cette route.


 


Oui, elle était naguère le lien, le cordon ombilical qui, du port au bourg et aux différents villages, apportait la vie, les nouvelles bonnes ou mauvaises.


Tout, ici, vibrait et vivait au son des cornes des bateaux.


 


Même les enfants de cette route se sentaient investis d'importance quand ils se réunissaient sur les quais et étaient admis à regarder le déchargement des thons, toujours trop nombreux pour être
comptés.


 


A cette époque-là, cette route de primiture qui s'appelait Route De Port-Tudy, avait fait d'eux des « riches ».


Ils possédaient tout, usine, cafés, coiffeurs, boulangeries … dispensaient les nouvelles.


 


Aujourd'hui, ils ne sont plus pour raconter la vie de l'île.


La route, elle-même est devenue Rue et a pris du galon.


Le port s'est vidé de ses thoniers et sardiniers et s'est rempli de ces élégants voiliers, ces yatchs prétentieux qui doublent les jetées au moteur et sont ceux des « étrangers » qui se soucient
bien peu d'être ici ou ailleurs.


 


La route, comme ses habitants s'est détournée du continent, et s'étant faite sens-unique, elle lui tourne le dos.


Signe prémonitoire?


 


Tous maintenant de Piwisy la douce à Primiture la sauvage, savent que la vraie vie est ailleurs.


Elle se terre au fond des yeux flétris, sous les fronts ridés ornés de couronnes que les ans ont blanchies.


 


C'est Eux, qui savent encore nous indiquer la route, Eux qui nous réunissent trop souvent, à pas lents vers le cimetière, et nous permettent à nous, enfants et petits-enfants d'îliens de garder
le cap, enfouissant dans nos mémoires, ces trésors que nous n'aimons pas à divulguer.


 


Loin du bruit, de la foule, nous détournons, indifférents et sans envie, nos regards de ceux qui passent, croyant s'approprier l'île, ignorants des chemins où se dissimule l'âme qui est la nôtre.


 


Jeanine GUERAN, 1999


 


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Publié le par palomagueran
Publié dans : #Poesie

 


Pourquoi


 


Ces yeux taris dont aucune larme ne jaillit,


Ce cœur transi qui ne sait plus pousser un cri,


Ce silence qui m’enveloppe et m’ensevelit,


Ces visages des êtres aimés qui ne veulent pas l’oubli.


 


Je me perds, m’égare et m’éloigne.


La solitude est devenue ma compagne.


Mes épaules se courbent et mes yeux se voilent .


Tout est terne quand l’absence ne m’épargne.


 


Que ne puis-je vous rejoindre dans une larme,


Que ne puis-je voguer sur une lame


Qui m’entraînerait, me laisserait m’évanouir, m’anéantir ,


Et ne forcerait mes lèvres à ce pauvre sourire.


 


SOUFFRANCE, mon âme est en lambeaux :


La distance s’installe et me condamne.


Il n’y aura plus rien de beau.


Tout est laideur, injustice, et me damne.


 


Jeanine GUERAN, 14/05/2009

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Publié le par palomagueran
Publié dans : #Poesie

 


 


 


Dies Irae


 


BLEU du dernier jour


Lever les yeux vers l'horizon


Fuir comme l'oiseau


Prendre son essor.


 


Se perdre à tout jamais


Oublier les limites


De la condition humaine


Rejoindre l'espace cosmique.


 


BLANC du néant


Neuve à tous les possibles


Désir de divinité


Jaillir de la glaise.


 


ROUGE de l'embrasement


Qui anéantit toute douleur


Ne laissant derrière lui


Que cendre et poussière.


 


Paloma GUERAN

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Publié le par palomagueran
Publié dans : #Poesie

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L’épave

 

 

Elle gît sur le sable, solitaire et éventrée.

Ses flancs béent et gémissent sous le vent.

Les lames meurtrières battent son côté .

Sa douleur est muette et nul ne l’entend.

 

 

Elle a perdu son gouvernail .

Son équipage l’a désertée.

Elle a connu l’écueil.

Elle reste inanimée.

 

 

Pourtant, elle avait fière allure.

Gréée de sa robuste mature.

Elle bondissait sur la crête des vagues.

Aujourd’hui, elle a du vague à l’âme.

 

 

Combien de temps lui reste-il ?

Comment accepter l’inutile ?

Personne ne l’aperçoit, ne s’attarde.

Elle reste là, lasse et blafarde.

 

 

Jeanine GUERAN, 16/04/2009

 

 

 

 

 

 

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Publié le par palomagueran
Publié dans : #Poesie
Le cri que nul n'entend!

Chaque jour, je pousse un cri.
Celui d'une souffrance jamais apaisée.
Pourtant nul ne le perçoit
Le monde est- il sourd?

Le silence à cette douleur inouïe
Est-il le prix qu'il faut payer
Dans ce monde, où l'on vit a côté
Les uns des autres, dans la peur.

Peur, que l'autre ne perturbe mon confort
Peur, qui nous rend sourd à l'autre.
Peur de ce cri qui m'assourdit
Et que je veux pas entendre.

Égoïsme ou indifférence
Il est impossible de ré-enchanter le monde
Mieux vaut être tambour que harpe
Le son étouffe le silence.

Il faut pour survivre, se déprendre
De soi, se défaire du moi.
Faire semblant de vivre
Dans le même jour que les autres.

Le suicide n'est pas au goût du jour
Vivons dans le paraître
Et acceptons de ne pas re- naître.
Tel est le prix du cri étouffé.

Car mon cri muet
Ne trouble, ni ne ride,
La surface du miroir
De la tranquillité .

PALOMA GUERAN

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Publié le par palomagueran
Publié dans : #Poesie
Mieux vaut ....


Mieux vaut être tambour
Dans un monde de fracas
Pour écraser les voix
Timides qui s'élèvent
Pour dire la douleur de la guerre.


Mieux vaut frapper
Que caresser
La corde de la harpe
Qui vibre au vent
Léger ou violent.


Mieux vaut crier
Que chanter
Hurler avec le loup
Plutôt qu'être l'agneau
Qui ne suit pas le troupeau.


Mieux vaudrait le silence
Au tumulte
Qui fait taire la voix
Fragile et ténue
De l'Humanité.

Paloma GUERAN

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Publié le par palomagueran
Publié dans : #Poesie
Toi


Je te regarde,
Je chavire,
Peur.
De te perdre.

Si belle,
Si discrète,
Secrète,
Fragile.

Âme,
Larme,
Silence,
Chagrin.

Mes mots,
Ma raison,
Ma passion,
Mon amour.


Paloma GUERAN

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Publié le par palomagueran
Publié dans : #Poesie

 

 

 

Dies Irae

 

BLEU du dernier jour

Lever les yeux vers l'horizon

Fuir comme l'oiseau

Prendre son essor.

 

Se perdre à tout jamais

Oublier les limites

De la condition humaine

Rejoindre l'espace cosmique.

 

BLANC du néant

Neuve à tous les possibles

Désir de divinité

Jaillir de la glaise.

 

ROUGE de l'embrasement

Qui anéantit toute douleur

Ne laissant derrière lui

Que cendre et poussière.

 

Paloma GUERAN

 

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